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ASSOCIATION NATIONALE des METIERS de L'ACCOMPAGNEMENT MUSICAL

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 Chronique 
un manifeste pour l’Anmam

 

Chronique : Un manifeste pour l’ANMAM ? ( Christophe Petit, septembre 2006)
Je cherchais quel peut-être l’intérêt pour un accompagnateur « lambda » (mais existe-t-il ?) d’adhérer à une association qui n’est pas un syndicat, ni un quelconque lieu de pouvoir.
Nous savons toute la joie de se retrouver, de partager grandeurs et petites misères de ce métier, mais par delà, nous savons la possibilité de faire passer des idées qui viennent du terrain, de la pratique, vers les institutions. L’exemple récent des nouveaux textes en direction des conservatoires mérite notre attention : ceux et celles qui ont pu y œuvrer ont convaincu le législateur de prendre des choix forts et heureux pour le domaine de l’accompagnement.
Si l’ANMAM veut intéresser la profession au-delà des conservatoires, quelles idées va-t-elle défendre ? Je me suis replongé dans ce livre visionnaire d’ADORNO, Philosophie de la musique nouvelle, que j’ai dans l’édition Gallimard, et qui a paru pour la première fois en 1962. Les thèses qu’il défend sont développées par l’auteur dans l’immédiat après guerre. Prédisant l’avènement de la société de consommation, il déclare aussi que : « Le matériau (musical) évolue dans le même sens que la société réelle, même là où les deux mouvements s’ignorent et se combattent. » (p 45). Quel rapport avec le métier humble d’accompagnateur ? A mon sens, il y a dans cette phrase un enjeu vital pour la profession. Prenons par exemple les spectacles de danse contemporaine : qui propose aujourd’hui des spectacles accompagnés par de vrais musiciens ? Tous le déplorent, mais pourtant c’est une situation ordinaire et finalement admise. Maintenant, trouvons l’équivalent dans la société réelle : notre économie ne s’intéresse qu’au travail qui dépasse un certain seuil de valeur ajoutée, le reste du travail est jugé inadapté ou est confié à des économies dont les valeurs sont différentes. Dans notre cas du ballet, les danseurs, solistes, apportent suffisamment de valeur ajoutée, mais la musique est sous-traitée via un enregistrement. Ainsi, de même, les accompagnateurs de danse sont-ils mis en concurrence avec des enregistrements, comme les ouvriers le sont avec leurs collègues délocalisés. Demain, trouvera-t-on des Opéras dont seuls les solistes seront présents ? Chaque fois que nous défendrons l’utilité du musicien à tout les stade de la création musicale, nous proposerons sans y penser l’idée que tout travail, même s’il n’est pas visiblement le plus rentable, a une place à prendre dans la communauté humaine.
On a remplacé partout le mot « art » par le mot de « culture », chose bien pratique, voilà un mot valise dans lequel on peut fourrer aussi bien la notion d’identité, d’élévation de soi, de patrimoine, de création, etc… Les cultures sont sanctuarisées comme autant de propriétés privés, de pavillons d’une banlieue cosmopolite mais bien ternes, où chacun est convié finalement à se replier sur soi-même. La vérité, à mon sens, c’est que la Culture, celle de la France d’aujourd’hui, c’est surtout celle à laquelle le monde entier aspire : la culture de masse, la conso-culture, la culture de la consommation, c’est-à-dire encore le vide abyssal de sens. Que nous dit encore saint ADORNO : « L’appétit du consommateur ne s’intéresse pas tant au matériau comme tel qu’à la trace que le marché y a laissée. »(p 131) Parce que nous sommes tous des consommateurs, élevés peu ou prou dans une société du désir de consommer, savons-nous dans notre métier porter attention au matériau plutôt qu’à la trace que le marché y a laissée ? Comme d’autres, j’ai acheté l’intégrale de MOZART à 99euros : à quoi me sert-elle si c’est pour l’écouter d’une oreille distraite, l’esprit occupé par autre chose. Lorsque l’accompagnateur joue une réduction d’un quatuor de MOZART, là, peut-être, il dit : « j’ai une autre attitude à proposer pour l’art que celle du consommateur ».
Tous ceux qui travaillent dans les conservatoires, les centres nationaux le savent : l’argent public est précédé d’une politique culturelle. Cela signifie, par exemple si on est fonctionnaire, qu’on est le relais des missions d’une institution. On a vu les enseignants de musique s’intégrer aux politiques des collectivités : créer du lien social, accueillir tous les publics, s’adapter à toute une sociologie du spectateur, etc… Pourtant, ADORNO, s’interrogeant sur l’art, rappelle une chose qui ne va pas forcément dans le sens du sacro-saint service public : « N’était-il pas plutôt toujours devant ce monde une résistance à son pouvoir ? » (p 140). L’artiste, s’il fait partie de la société, devrait donc toujours se rappeler du rôle contestataire de l’art.

Ces quelques lignes sont destinées a montrer que sous couvert de discussions informelles, lors de quelques réunions, ce sont des idées fortes sur le monde d’aujourd’hui qui sont échangées. Les accompagnateurs, en conservatoire, dans un théâtre, sont les témoins privilégiés de ce que les institutions, ou les créateurs, font de l’expression artistique. Mais il en sont aussi les acteurs, à eux de ne pas se laisser abuser par ce que parfois, nous prenons comme des évidences et qui sont pourtant de véritables aliénations.

 

CHARTE DES AMOUREUX DU SON ( Christophe Petit, Octobre 2006)

Après s’être ruée sur les produits de grande consommation, les hamburgers à l’américaine, les purées en sachet, notre modernité commence à se plaindre de la « mal-bouffe ». Il était temps ! Heureusement, particuliers, jardiniers, cuisiniers, grand-mères, ont su préserver un savoir faire gustatif propre à sauver nos papilles de l’atrophie qui les guette.
Encore reste-t-il dans ce domaine beaucoup de combats à mener… Mais qu’en est-il de notre ouïe ? Elle-même ne serait-elle pas menacée par une surconsommation de produits douteux, industriels, dont l’aspect quantitatif ruine le qualitatif ? Pour lutter contre la paresse de ce sens merveilleux qui nous ouvre tant et tant d’univers et d’émotions, osons revenir à un plaisir de l’écoute simple et exigeant : produire le son, pratiquer la musique soi-même, entre amis, encourager les musiciens, tout cela est certes moins commode que de mettre distraitement un disque dans son lecteur, mais sûrement bien plus épanouissant.
Pour ceux qui voudraient se soigner d’une surdose de décibels artificiels, voici une charte des amoureux du son.

Le signataire de la présente charte déclare
1) Etre fier de ses deux oreilles
2) Etre fier de produire par lui-même des sons qu’il aime
3) Prendre plaisir à pratiquer l’écoute intérieure
4) Préférer les sons directement produits par la voix, les instruments acoustiques ou les objets sonores, plutôt que reproduits, synthétisés, ou amplifiés électriquement

Le signataire de la présente charte s’engage
1) A préférer l’écoute d’une œuvre par la lecture, la pratique collective ou en musique de chambre, la réduction, la transcription, la présence au concert, plutôt que l’écoute d’un disque ou autre support équivalent
2) A acheter la partition ou la place de concert plutôt que le disque d’une œuvre musicale
3) A éviter les spectacles ou concerts où la présence des musiciens est remplacée par une reproduction sonore ou une amplification équivalente à leur absence
4) A privilégier les spectacles ou concerts où sont présents et proches les musiciens
5) A transmettre aux plus jeunes les joies et les possibilités de leur ouïe

Une dérogation sera accordée pour des écoutes de musique reproduite dans les cas de nécessité de travail, comme des écoutes comparées d’interprétations, des archives ou des relevés.

Un moratoire est demandé pour les spectacles de danse sans musiciens, les supports sonores de mauvaise qualité, les sonorisations assourdissantes…

Bien sûr, pour certains, cette charte ira trop loin, pour d’autres, pas assez. Il se pourrait même trouver une groupe d’extrémistes qui pratiquerait des actions radicales comme des autodafés de lecteurs MP3 sur la place publique, des scandales lors de premières de ballets sans musiciens, de lettres anonymes adressées aux marchands de musique en gros… Mais se serait aller trop loin !

 

Accompagnement de concours

Comment ça se passe pour vous, pianistes-accompagnateurs, lorsqu’un CA
ou un DE par exemple est organisé dans votre établissement (ENM, CNR)?
Récit d’expérience : jmt.cnr@free.fr 
DE de trompette organisé, par la Direction de la Musique, dans mon
conservatoire (quelque part en France il y a quelque temps)
Les deux pianistes-accompagnateurs maison sont « réquisitionnés » par la
direction du CNR, pour accompagner tous les candidats lors de l’épreuve
de déchiffrage, mais aussi pour accompagner, lors de l’épreuve
instrumentale, les candidats qui ne viennent pas avec leur propre
pianiste-accompagnateur. Les candidats reçoivent, avec leur
convocation, la liste des pianistes-accompagnateurs maison avec nos
numéros de téléphone.

Les conditions : nous sommes rémunérés pour tous les passages devant
jury (déchiffrage et accompagnement de l’épreuve  instrumentale), MAIS
PAS POUR LES RÉPÉTITIONS AVEC LES CANDIDATS.

Quand je pose la question aux responsables (direction, ministère etc.),
on me répond : pour les répétitions, les candidats vous règlent
directement.

Voilà qui pose deux questions :
1 – travail au noir : comment déclarer ces sommes? sans fiche de paye,
ni cadre de travail, ni employeur, CE TRAVAIL NE PEUT ÊTRE QUE
CLANDESTIN

2 – égalité des chances des candidats? les plus riches peuvent
bénéficier d’autant de répétitions qu’ils le souhaitent, sans parler
des différences de tarifs entre les accompagnateurs, puisque là non
plus rien n’est cadré.

J’ai soulevé ces deux questions, oralement, auprès des organisateurs
(CNR + DRAC).
Réponse (en résumé) : effectivement, c’est une bonne question, personne
n’y avait pensé, ça demande réflexion, mais pour cette fois-ci, il n’y
a pas d’autre solution, on verra comment procéder à l’avenir.

Face à cette situation, j’ai choisi d’accompagner les candidats qui
avaient fait appel à moi, dans les mêmes conditions pour tous : une
répétition (la veille ou le jour même à leur convenance) et un raccord
pour ceux qui le souhaitaient, tout cela SANS LEUR DEMANDER D’ARGENT.

Mais j »ai aussi soulevé ces deux questions, par courrier, aux
différents responsables (CNR + DRAC)
Aucune réponse.

Conclusion : quand on a fait à nouveau appel à moi, pour ce type
d’intervention, dans les mêmes conditions, j’ai refusé.
Mais à ce jour, rien n’a changé.
Travail non déclaré : Un de nos adhérents a souhaité lancer une réflexion sur le thème, quelque peu tabou, de l’ Accompagnement musical « non déclaré » lors de stages saisonniers, académies, festivals.. »

Le métier de l’accompagnement musical est directement concerné par le travail non déclaré. Rien de formel ne le prouve (comme rien ne le « déclare »), mais peut-être qu’un sondage autour de chacun d’entre nous montrera que ce phénomène est bel et bien réel.
Comment réagir face à cela? Y’a-t-il un ou des moyens pour enrayer ce procédé illégal, qui provoque un risque réel (bien que sournoisement camouflé) pour la carrière de fonctionnaire, en cas de contrôle effectif?
Il peut sembler normal qu’un musicien-accompagnateur souhaite ouvrir et enrichir son expérience en participant à des stages ou festivals. Pourquoi devrait-il, dans certains cas, risquer sa carrière en travaillant « au noir »? il est vrai que la décision d’accompagner un stage en étant non déclaré appartient à chacun, mais n’est-on pas, néanmoins, pris dans un engrenage qui, dans une certaine mesure, ne nous laisse pas le choix?
Une question évidente peut apparaître lors de ces réflexions: dans quelle mesure un fonctionnaire (dans le domaine de l’enseignement artistique) est-il en droit de travailler (de manière déclarée) pendant ses périodes de congés, lors de sessions de stages? Ces stages font-ils partie du quota de « production artistique » autorisé aux enseignants musiciens? Comment se renseigner, à qui s’adresser pour en être tout à fait certain?
Si vous souhaitez réagir, n’hésitez pas, nous serons tous concernés un jour ou l’autre par ce phénomène. L’objectif sera peut-être, à long terme, de trouver la ou les solutions pour régulariser la situation, de façon à éviter ces situations plutôt délicates, et à permettre au plus grand nombre d’entre nous de profiter plus sereinement de ces expériences diverses et originales, qui nous sortent de notre quotidien tout en restant liées à notre passion, la musique. » SR

 

Tarifs : une question revient souvent dans les conversations : Quels tarifs pratiquer ?
Ce sujet est lui aussi quelque peu tabou.
Quels tarifs pratiquer lors des accompagnements de concours (DE, CA, CNSM, CNFPT…)?
Faut-il pratiquer un tarif moindre pour les étudiants ? Comment déclarer ces revenus ?

Vous pouvez réagir à ces textes en nous envoyant un mail à l’adresse suivante :
anmam@free.fr

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