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ASSOCIATION NATIONALE des METIERS de L'ACCOMPAGNEMENT MUSICAL

  • Christophe PETIT a dit :

    Lors de la récente AG de l’ANMAM, notre consoeur Ariane JACOB a mis sur
    la table la question de l’appellation « accompagnement » pour notre
    discipline, question éminemment cruciale. Je ne saurais ici mieux
    expliquer qu’elle-même les tenants et aboutissants de sa réflexion: je
    salue son initiative et pense qu’elle doit tous nous interpeller. Ce
    petit mot est ma modeste contribution. Ariane JACOB situe sa réflexion
    dans son environnement d’enseignante, à savoir l’enseignement supérieur,
    et fait remarquer que d’autres pays n’utilisent pas les mêmes termes, et
    qu’un alignement sur l’international serait opportun, ne serait-ce que
    pour des raisons pratiques. Ce n’est pas là, bien sûr, sa seule
    motivation. Si j’ai bien compris, il s’agit de glisser du champ lexical
    du compagnonnage à celui du labeur, de l’accompagnement à la
    collaboration. Il s’agit donc d’un petit réajustement spatial, mais avec
    de nombreuses répercutions sémantiques: l’accompagnateur suit de près,
    sur le chemin, un ami qui a l’initiative, le collaborateur travaille
    avec autrui à un but commun, en bonne intelligence. Il y a donc un petit
    pas effectué en avant, la question est de savoir si cela est suffisant
    pour améliorer le regard porté sur notre profession. La première
    interrogation que l’on peut avoir, c’est de savoir si le mot précède la
    réalité, où s’il la suit: je ne souhaite pas y répondre. Le choix d’un
    mot judicieux a bien des pouvoirs, après tout. Est-ce le bon mot? Ariane
    JACOB, en tout cas, en propose un qui ne sort pas de nulle part. Pour
    rester dans la modernité, je crois que l’on opère une translation du
    registre du « care », où l’on prend soin de quelqu’un, vers un registre
    plus « Uber », où l’on loue ses services, fussent-ils de grande valeur.
    C’est dit sans jugement. La chose qui me préoccupe le plus, et qui
    n’oblitère pas la pertinence de la proposition, c’est toute la richesse
    historique qui repose dans le mot français « accompagnement » quand il
    parle des pianistes: un savoir-faire identifié, ancien, admiré, et
    disons-le avec cocorico, unique. Unique, non que l’on sache accompagner
    uniquement en France, mais qu’une situation spécifique à notre pays
    confère son sens au mot: classes d’accompagnements, métiers
    d’accompagnateur et de professeur d’accompagnement, et même, genres
    d’accompagnement (vocal, chorégraphique, instrumental, chef de
    chant…). Est-ce un métier déconsidéré, une pratique de seconde zone?
    Oui et non, chacun en a fait l’expérience. Certaines appellations ont pu
    cacher la forêt: je pense à l’anglicisme « coach », qui fait florès. Un
    mot ronflant, justifiant des salaires plus élevés, voire une ligne
    dédiée dans le livret d’un CD ou le générique d’un film. Et peut-être un
    surcroît d’autorité? Les jazzmen ont choisi le mot « sideman », mais ont
    conservé la notion de soliste, lié essentiellement à la capacité de
    vendre un groupe sous un nom connu, et plus largement au modèle
    économique de la culture en Amérique. Ce qui me pousse à faire la
    remarque suivante: si « l’accompagnateur » n’est pas assez considéré,
    c’est aussi parce qu’il (ou elle) est celui que l’on ne veut pas payer
    au prix fort, sur lequel on essaie de faire des économies. On retrouve
    cela dans le fameux « premier grade » de la fonction publique
    territoriale. Pour ma part, je pense que revaloriser la profession est plus une
    question syndicale que sémantique, mais les deux ne sont pas
    antinomiques… Qu’en pensez-vous?

    Christophe PETIT